Dur, dur, après une année aussi riche en salons, conventions et autres grandes retrouvailles entre fans des modes et loisirs nippons, de devoir supporter tout un long, long hivernage en attendant la reprise ! Ce n'est pas Kat, l'instigatrice de cette micro-convention, qui nous contredira, elle qui a dû plus d'un matin, plus d'une nuit peut-être, en avoir des sueurs froides ! Finalement, ce 27 décembre 2007 (note bien ces chiffres, incrédule lecteur, médite-les, tout cela n'est certes pas le fruit du hasard), Kat a compris quelle était sa mission, et a aussitôt prêché la bonne parole sur le site Cosplayforum, invitant tous les "Otaku Japan Maniac Visualeux Gothic Lolita Free Hugeurs" affamés de son espèce à pique-niquer au parc de Bercy, et les repus du même acabit à venir retrouver les premiers dans l'après-midi.
C'est cette dernière option que j'ai choisie, et mal m'en a pris : personne sur les lieux du rendez-vous, devant la passerelle Simone de Beauvoir ! Pas trop désespéré, je suis allé faire un tour sur cette fameuse passerelle reliant, par dessus la Seine, la Bibliothèque Nationale de France (BNF) au parc de Bercy. Après avoir jeté un bref coup d'oeil du côté du sinistre Ministère des Finances, la Boudeuse, fier trois-mâts à coque d'acier, prêt à se lancer dans toutes les aventures, m'a entraîné dans son sillage à l'occasion d'une petite éclaircie fort bien venue mais trop vite évanouie, tandis que déjà, l'astre du jour déclinait derrière la BNF.
La BNF qui, ces jours-ci, arbore dès la tombée du jour un X insolemment incandescent, tout droit sorti de l'Enfer. Note pour les non initiés : l'enfer d'une bibliothèque, c'est sa collection d'oeuvres licencieuses, nécessairement cachée au public qu'il faut à tout prix protéger du démon ; mais celui-ci en a décidé autrement, et jusqu'au printemps, l'Enfer de la BNF est ouvert pour tous ceux - âgés de plus de 16 ans - qui ont quelques euros à lui livrer en plus de leur âme. Le petit "Jean-Baptiste le Monégasque" (sculpture de bronze de Rachid KHIMOUNE) en a l'air tout retourné et semble vouloir quitter son socle en hurlant, tandis que sa voisine "Mu Nan la Chinoise" (du même Rachid KHIMOUNE) ne semble pas le moins du monde s'en émouvoir, bien au contraire !
Sur le point de regagner mes pénates, mon regard est attiré, près d'un petit manège, par une bande d'énergumènes qui m'ont quelque chose de familier. Goût immodéré pour les photos de groupe et les poses excentriques, lectures from Japan assaisonnées de Free Hugs, pas de doute, nous sommes bien en pleine régression ! Mais il est tard, presque tout le monde est déjà parti, et me voilà à devoir me contenter d'un résumé de tout ce que j'ai manqué, les gens costumés, le jeune homme qui s'est fracturé la cheville et qu'on a dû accompagner à l'hôpital, etc.
Quelques bavardages et plusieurs photos plus tard près du Palais Omnisports de Paris Bercy et de ses profonds canyons où plus d'un téméraire a failli plus d'une fois reproduire (en pire) l'accident de l'après-midi, la nuit est très vite tombée et le temps est venu de se dire au revoir.
Entre le dôme du Palais Omisports qui semblait devoir fondre sur moi telle une gigantesque chauve-souris vampire et le X maudit de la BNF, j'ai cherché mon salut dans un vaste hall illuminé d'où provenaient des bruits confus, comme de vagues grondements entrecoupés de grands chocs : le roller-parc de Bercy, sous le toit duquel tourbillonnaient, presque irréels, des elfes du XXIe siècle.
Désirant rejoindre mon carrosse avant qu'il ne se change en citrouille, il m'a fallu traverser, tremblant, le parc désormais ténébreux, en tâchant d'éviter la clarté maléfique qui semblait triompher au sommet des grands escaliers.